Hier soir, je suis allée à l’opéra (par souci de confidentialité, je préfère taire son nom) avec un ami de toujours, fan de musique.
Je vous raconte ma soirée, une histoire vraie, pour une fois !
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Le premier acte est fantastique, je suis envoûtée par la beauté de cet opéra qui marie si bien la musique classique, des voix magnifiques, une histoire d’amour fou… J’ai beau savoir qu’il s’agit d’une histoire triste (comme toujours), je me surprend à espérer : tout est encore possible, les amoureux pourraient s’enfuir tous les deux, envoyer valser leurs obligations, leurs engagements ! Mais la tragédie est en marche, le destin va s’accomplir. Tout finira dans le sang et les lamentations, c’est couru d’avance, et les larmes me montent déjà aux yeux.
J’essaie de penser à autre chose pour ne pas pleurer, je suis vraiment ridicule avec mon émotivité de jeune fille ! Je laisse mes pensées divaguer, tandis que je regarde sagement la scène, accoudée au rebord de notre loge. Une loge rien que pour nous, ce petit miracle des réservations ! Des fantasmes se superposent au drame se jouant sur scène, composant une toute autre histoire dans mes pensées, avant que je réussisse à me concentrer à nouveau sur l’opéra, de façon un peu plus distante — hors de question de pleurer et d’inquiéter mon ami !
Les yeux rivés sur la scène, je vis intensément le moment à nouveau. L’amour va-t-il l’emporter sur la loyauté pour une fois ? C’est peu probable hélas… J’épouse la cause des amoureux maudits et je commence à manquer d’air, à mesure que le piège se referme autour d’eux, leur coupant tout échappatoire. Je porte la main à ma gorge pour tenter de me calmer. Mon ami me jette un coup d’œil et se méprend. Il doit supposer un torticolis car sa main s’élance autour de mon cou et commence à le masser, négligemment, sans qu’il ne quitte la scène du regard. Je ne m’en offusque pas, on se connait depuis plus de quinze ans, et nous sommes assez tactiles tous les deux, je ne compte plus les bourrades, les petites tapes pour rire, les hugs quand on se retrouve…
Un frisson me parcourt des pieds à la tête, c’est si agréable les papouilles dans le cou ! Je tords mes cheveux pour dégager ma nuque et mieux sentir ses mains enserrer mon cou et le pétrir. Il masse très bien, je ne lui connaissais pas ce talent…
Il quitte son siège et s’installe sur celui juste derrière moi. Il ne voit plus rien de la scène, mais il me masse des deux mains à présent, débordant sur mes épaules. Il me plonge dans un bain de bien-être, la musique me parvient de façon assourdie, les sensations de ses mains sur ma peau m’occupent tout entière. Il s’approche et chuchote à mon oreille, me chatouillant au passage.
— Si tu enlèves ta robe, je pourrai te masser tout le dos !
Je m’inquiète un instant d’éventuelles caméras de surveillance, mais je ne résiste pas à la tentation. J’enlève ma robe d’un geste vif et je la colle contre moi pour éviter de me montrer aussi dévêtue… On ne sait jamais, si jamais un spectateur muni de lunettes infra rouges décide de se détourner de la scène et de regarder en l’air !
Sentant sans doute mes réticences, il se recule sur le siège tout au fond de la salle et m’invite à le rejoindre. Nous voilà calés contre la porte d’entrée — ce qui me rassure, au cas où une employée tente d’entrer inopinément. Ma robe chute à terre, je n’ai plus besoin de me cacher. Sous prétexte de mieux masser mon dos, il dégrafe mon soutien-gorge ; il rejoint ma robe sur le sol. Il me masse puissamment, insistant sur mes contractures, mes nœuds… En bon sportif, il connaît le chemin des muscles et trouve d’emblée les points où insister.
Je me détends tout à fait, portée par la musique qui devient de plus en plus dramatique… Les choses tournent mal pour les amoureux on dirait ! Une musique sublime accompagne les gestes de mon ami, et je m’envole, portée par les voix… Ses mains massent aussi mes flancs, mon ventre ; je le laisse faire, c’est divin. Toute ma volonté s’est engourdie sous l’effet de ses caresses et de la musique. Ses mains s’aventurent sur mes seins, timides encore, me procurant de simples effleurements comme pour demander ma permission. Devant mon abandon, elles se mettent à les masser eux aussi, les pétrir, les malaxer. Le point de non-retour est franchi, nous perdons toute retenue. Je caresse ses joues, son cou, avant de les picorer de baisers. Il se penche pour embrasser mes seins, les mordiller… Le désir m’enflamme comme une torche, j’envisage l’impossible, je le veux, je le veux en moi, tout de suite ! Je me mettrais à califourchon sur lui, je m’empalerais sur son membre, on se démènerait en tous sens, et nos cris de plaisir ajouteraient une note joyeuse à cet opéra trop cruel… Finalement, le préservatif qui traîne dans mon sac « au cas où » va enfin servir ! Depuis combien de temps au fait… Il est sans doute périmé, mais qu’importe ! Mon ami glisse ses mains dans ma culotte, caresse mes fesses… De plus en plus affolée, je fourrage dans son pantalon, son boxer, et j’empoigne son sexe avec soulagement, me réjouissant de le caresser tendrement et le sentir réagir dans ma main… Il jaillit comme par magie hors du pantalon et je me précipite sans réfléchir, je n’en fais qu’une bouchée, je l’engloutis et me régale de sa saveur inconnue.
Je suis sur point d’enlever ma culotte pour lui porter l’estocade, quand un chant d’une intensité bouleversante s’élève ; l’héroïne hurle sa douleur, son amour vient de mourir. Panique à bord, c’est la fin ! Vite, me rajuster, tâtonner à la recherche de mon soutien-gorge. Je ne le trouve pas, dans l’urgence j’enfile ma robe à même la peau, un peu gênée de sentir mes seins si libres.
Les lumières se rallument brusquement, sous les applaudissements. Mon ami s’est déjà rhabillé, il est redevenu un parfait gentleman ; seul son teint rouge et ses cheveux en bataille attestent de son émoi. Il me sourit, nullement confus, quand je voudrais disparaître sous terre.
— Si tu veux, on peut aller prendre un verre chez moi, on écoutera la deuxième partie de l’opéra, je possède une interprétation absolument magnifique… j’ai été un peu distrait….
— Avec plaisir, j’ai très envie de… réécouter les derniers actes, je n’ai pas été très attentive non plus.
Nous filons dans la nuit, pressés de rejoindre son appartement, son lit qui sait, me dis-je pleine d’espoir. Je me fais fort de lui faire oublier son projet d’écouter un vieux vinyle grésillant ! Mais peut-être n’est-ce qu’un prétexte ?
Une fois chez lui, je me fige : j’ai oublié mon soutien-gorge dans la loge ! Jamais je n’oserai le réclamer… Mon préféré en plus !
— Je t’en offrirai un autre, me console mon ami.
Mais est-il encore mon ami ? Il me regarde avant tant de désir, de tendresse ! Il m’enlace, me tient serrée contre lui… Tout s’est précipité dans cette loge, on s’est caressé de façon brouillonne… L’interdit, la crainte d’être surpris… Et on ne piétine pas quinze ans d’amitié de sang froid ! Cette fois, nous allons prendre tout notre temps, nous découvrir peu à peu, savourer chaque centimètre de peau nue. Qu’est-ce qui m’a pris de me précipiter sur son sexe tout à l’heure, et de le dévorer comme une escort de haut vol, moi, si romantique malgré mes écrits érotiques, éprise de musique et d’opéra ! (Je dois avouer que je n’ai qu’une envie : recommencer)
Je jette un voile pudique sur la suite !
Tableau d’Eva Gonzalès : Une loge aux Théâtre des Italiens (1874)
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[EDI] le 2 avril :
Certains et certaines d’entre vous l’ont bien deviné : mes confidences érotiques d’hier étaient un poisson d’avril !
Cependant, tout mensonge comporte une part de vérité, il n’y a pas de fumée sans feu, etc… : j’étais bien dans une petite loge cosy avec un ami lundi dernier, et tout en écoutant religieusement le désespoir de l’héroïne ayant fait son propre malheur, mes pensées s’envolaient…
* Attention, spoil *
J’ai aimé cet opéra : superbes voix, histoire passionnée – mais discutable : jusqu’où doit aller la loyauté vis à vis de sa mère ? Jusqu’au sacrifice de son bonheur et de sa vie ?
J’ai quand même versé quelques larmes, touchée par ce jeune homme si amoureux, sacrifié lui aussi au passage. Je m’attendais à souffrir de toute façon, avec un opéra inspiré d’un livre au titre si évocateur « Les souffrances du jeune Werther » (on est prévenus !), mais je n’ai pas souffert tant que ça néanmoins, tant l’héroïne m’a déconcertée : vertueuse et droite dans ses bottes tout du long (bien que pâmée et déchirée), puis, alors qu’il est trop tard (son aimé se meurt dans ses bras, avec l’arme qu’il lui a réclamée, et qu’elle lui a donnée – mais quelle femme amoureuse fait ça !), brusque revirement, elle envoie promener tous ses principes, elle s’épanche et se confie enfin devant tous… !
J’ai bien vibré, et pour supporter tant d’incohérence et d’injustice, j’ai autorisé mes fantasmes à venir me distraire des longs sanglots de l’héroïne..
Maintenant, j’ai envie de lire le livre pour mieux comprendre les choix de Charlotte…
Les histoires de sacrifice pour ‘l’honneur »‘ me révoltent et me fascinent tout à la fois ! Les temps ont bien changé, et c’est tant mieux, mais nous vibrerons toujours pour les amours passionnées et impossibles d’autrefois.
6 commentaires
Quelle belle histoire vraie…!!! Merci et belle continuité!
Presque vraie !
merci !
Merci pour ce récit piquant ! Je pense que la prochaine fois que j’irai à l’opéra ou au concert, je jetterai un coup d’oeil discret vers les loges. Qui sait ce que je pourrais y distinguer… ! Bisous, chère Clarissa et encore bravo.
Merci Bleue pour ton retour et tes compliments ! Oui, je ne suis sûrement pas la seule à imaginer des choses, ces loges sont très inspirantes
Récit délicieux Clarissa. On s’y croit tellement les mots sonnent vrais.
Je suis jaloux de cette liberté brulante de sensualité. Vous imaginer prise d’une telle fougue sexuelle me fait rêver de plaisir. Vous êtes sublime belle aventurière.
Merci John ! Je suis surtout une aventurière dans mes pensées ! Mais parfois, je franchis le miroir…